L’oeil de Dawn Lights #5
Par Jules Thiry
Un second séisme. Moins spectaculaire, mais davantage révélateur et profond. Voila ce qui est à retenir en ces jours d’après premier tour.

Photo par Blumenbiene
Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle auront été lourds d’enseignements et de reproches envers la classe politique.
Intronisée commandante en chef du front National l’an dernier, Marine le Pen a menée une campagne somme toute médiocre, balbutiante. Perdu au niveau économique, apeurée face à Jean Luc Mélenchon, victime face aux journalistes, Marine Le Pen semblait payer son statut de débutante en politique. Les sondages la plaçait dans certaines hypothèses derrière le front de Gauche, une véritable offense. Le spectre de 2002 semblait s’éloigner de nouveau et les autres partis commençait à se relâcher. Seule l’extréme gauche a engagé une véritable campagne de fond contre l’extréme droite. L’affaire Merah ne semblait pas avoir renforcé la xénophobie ambiante. Tout semblait aller pour le mieux.
Jusqu’au soir de l’élection, 20h.
Historiquement haut, le score du Front National a laissée béat une grande partie des analystes politiques, des candidats à la présidentielle. Infiltrée en sous-marin dans la société française, la tentation de l’extréme droite s’est manifestée avec vigueur. Déçus du Sarkozysme, électorat traditionnel mais aussi, et c’est là un fait nouveau, une part minoritaire mais remarquable du “peuple de gauche” votant traditionnellement PS. Tous ont cédés à leurs colère, souhaitant pousser un véritable cris de révolte face au monde politique, qui semble l’avoir oublié lors de cette campagne et, soyons réaliste, sur ce dernier quinquennat. La crise, évidemment, est en partie responsable. Sauf que 2012 n’est pas très éloigné de 2002. Réagissant en autruche, la plupart des hommes politiques ont assimilé les 17,9% de Marine le Pen comme un vote conjoncturel. Erreur, c’est la marque du commencement d’une réelle adhésion. L’abstention n’explique pas tout comme en 2002 du fait de sa faible ampleur.
Le vote FN se dé-diabolise, rentre progressivement dans la normalité.
Qui est à blâmer? Il est bon de chercher des coupables, sans que ces derniers ne puissent tout expliquer. Mais il est certain que les dérapages contrôles de certains ministres, le virage à droite réalisée par Nicolas Sarkozy en début de campagne sont des éléments de réponse. L’enseignement des résultats de Dimanche est un renforcement de la radicalité. Car, si le Front National est à son zénith, le front de gauche et implicitement le Parti Communiste Français ont également enclenché une véritable résurrection. La multiplication par Jean Luc Mélenchon par 5 des résultats de Marie George Buffet en 2007 est tout simplement exceptionnel pour une composante politique qu’on disait moribonde.
Désormais, le PS devra composer avec son aile gauche. Tout comme l’UMP. Ce dernier d’ailleurs, en cas de défaite de son candidats dans quelques jours, devra tout faire pour éviter que le passage dans l’opposition s’assimile à une implosion, scénario souhaité par l’extréme droite, qui laisserait ouverte la recomposition sur des bases idéologiques malsaines.
Le Gaullisme est mort. Seul existe désormais à droite une idéologie libérale et républicaine. Le défi reste de conserver ce dernier caractère, symbole de vertu. Il n’existe pas de multiples définitions en France, ni des problèmes communautaire. Simplement, une panne démocratique de nos hommes politiques.
Pour se relever, la France aura besoin de tout son peuple, sans distinctions. Diviser reste synonyme de chaos. Le Populisme ne s’intégrera pas dans notre société. Le score du FN est un avertissement. Celui de Jean Luc Mélenchon aussi : la politique ne doit jamais oublier ses racines, qui ne sont que l’expression du peuple dans sa cité.
Au diable Rolex, Fouquet’s, Caviar.
La France a besoin de Justice Sociale, et par dessus tout, d’espoir.
S.
L’œil de Dawn Lights #4
Par Jules Thiry

Aujourd’hui, mon billet sera bref. Je veux simplement vous adresser un message : citoyens de plus de 18 ans, quel que soit votre bord politique, allez voter. Je ne vous ferai pas de long discours solennel. Mais rappelez-vous simplement que le droit de vote est le fruit d’un long combat, et une chance que d’autre pays n’ont pas.
Cette campagne dure depuis des mois, et s’est certes montrée complexe et souvent pas à la hauteur des attentes. Mais il faut aller outre cette déception. Un vote blanc vaut infiniment plus qu’une abstention. Car souvenez vous que rien n’est acquis…
Aucun résultat n’est joué d’avance.
Alors faites entendre votre voix.
Rendez-vous dimanche.
M.
L’œil de Dawn Lights #3
Par Jules Thiry
La Corée du Nord vient de vivre une semaine de commémoration de la naissance de son fondateur. Cette dictature, la plus violente au monde, attire toujours des interrogations stupéfaites sans causer une remise en question. Pourquoi, un régime stalinien est il toujours d’actualité alors que les vestiges de la guerre froide s’éloignent peu à peu?

Photo par Jensowagner.
La Corée du Nord est probablement le dernier État de cette planète qui conserve en lui même une part considérable de mystère. Un pays qui a stoppé le temps en 1945, à l’époque ou l’URSS et les États-Unis se livraient une course sans merci pour la domination mondiale.
Les temps ont changés radicalement.
Il y a eu le 11 septembre, le déclassement de l’Europe, la chute de l’empire soviétique, la création d’internet, le capitalisme triomphant et le réveil des nations émergentes.
Tout à changé, sauf peut être, en Corée du Nord. Dans ce petit pays asiatique, l’agriculture est restée à un stade primitif, la famine et des maladies archaïques, comme la peste, ont continuées leurs ravages.
L’idéologie stalinienne a continué de régir la vie de plusieurs millions d’individus et de les noyer dans la souffrance.
Comment ne pas être ébahis, par les images de la commémoration des 100 ans de la naissance du père de la nation, Kim Il-Sung? Malgré les défaillances technologiques, comme le récent échec du lancement d’un satellite d’observation, et un état de quasi-faillite permanente, le régime continue presque paisiblement son existence, l’endoctrinement de tout son peuple sans qu’il puisse être possible de déterminer une date d’effondrement.
Car si la fin de la dernière grande dictature communiste au monde est une quasi certitude, reposant sur le mot “fin” intégré dans toute une conception objective de la société, les faits, mais surtout la totale absence de remise en question du pouvoir malgré un changement récent de dignitaire laisse entrevoir un pays fixe à jamais.
Profusion de drapeaux rouges, lutte contre l’empire impérialiste, culte de la personnalité.
La Corée du Nord est un cas d’école géopolitique des dérives que peut engranger le pouvoir politique, quand la fureur de quelques hommes habillées d’une idéologie parvient a diriger la vie d’une Nation. En Corée du Nord, l’inégalité est une norme, radicalement opposé à celle des pays occidentaux qui clament qu’un homme est au même rang qu’un autre. Un principe soit disant inaliénable, bien que peu suivi en pratique.
Se pencher sur la Corée du Nord, c’est contempler une réalité quasiment littéraire du roman de George Orwell, 1984.
Un récit anachronique et troublant. Un pays qui pratique l’eugénisme et la torture de façon quotidienne.
Regarder un négatif de sa propre démocratie et en être saisi d’effroi.
Alors, les résolutions de l’ONU semblent dérisoires, les quelques vains communiqués d’ambassades ou d’organisations gouvernementales ne changeront rien. Le peuple nord coréen est sacrifié au titre de la peur, des grandes tensions entre les nations. Nous qui nous nous estimons dans le droit chemin, fiers défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme, prompt à prendre les armes pour défendre les rebelles libyens (et les quelques barils de pétrole qui s’y trouve) nous oublions les morts syriennes, les camps de torture coréens.
La notion de voisin du genre humain, de compassion, ne supporte pas le désintérêt. Aider le peuple de Corée? Ce serait mettre les pieds dans une poudrière ruineuse, qui par dessus tout, ne rapporterais quasiment rien.
Alors, souffrance est causé par un gouvernement tout puissant défiant chaque jours qui passe le reste du monde.
Il parait qu’ils ont désormais la bombe nucléaire? L’intérêt des autres pays renait. On n’agit jamais pour l’idée, mais pour ses conséquences matérielles. La menace sera la seule capable d’apporter une prise de conscience.
Les maitres de Pyongyang ont construit un dôme au dessus de leur pays. Dans deux ans, cents ans, la situation peut rester la même.
Et des millions de morts ne hanteront pas pour autant la conscience de l’occident.
Ainsi va la géopolitique.
S.
B.O. du week-end #1
Nouveau ! À partir d’aujourd’hui, la rédaction de Dawn Lights vous fera partager chaque semaine un morceau que nous aurons particulièrement aimé. Rendez-vous tous les samedi à 15 h !
Sail Away - The Rapture
Depuis quelques années, une division marquée s’est créée entre les Français. On assiste à une transformation de l’autre en une pure et simple menace. Pourquoi en être arrivé là, et quelles conséquences sur notre quotidien ?

Photo : Sand People par andres.moreno
Un vent frais s’engouffre dans les ruelles du vieux quartier des Carmes de Toulouse. Les imposantes bâtisses de brique rose dominent de toute leur majesté, embellies par un éclairage étudié. Il est 22h30 en ce mardi 10 avril, et le temps est assez clément pour profiter d’une promenade nocturne dans ce charmant quartier. Et pourtant, une chose frappe : les rues de cette ville étudiante, en pleine période de vacances scolaires, sont vides. À l’exception de quelques attroupements devant des bars prisés, on ne croise personne dans le centre-ville. On parle bien de cette ville qui fut élue deuxième ville dans laquelle il fait le mieux vivre du pays en 2010(1). Seulement voilà, depuis les tueries perpétrées par Mohammed Merah, dont on a que trop parlé, quelque chose a changé : on sent les métropolitains plus méfiants, moins disposés à entrer en contact avec le monde extérieur. Et de cet exemple local, on peut tirer un enseignement à l’échelle nationale.
Car il est clair que depuis 15 ans, le temps est au repli sur soi, un peu sur le modèle américain. Les gens préfèrent cultiver leur jardin, prendre soin de leur foyer, plutôt que d’entrer en contact avec d’autres personnes. Face à un monde extérieur hostile, l’intime, l’à-soi et ces valeurs individuelles ont quelque chose d’infiniment rassurant. On peut reprendre l’exemple de Toulouse, ville de France où les gated communities sont le plus fortement présentes : ces “résidences fermées”, en bon français, y représentent 30% de l’habitat urbain. Un ensemble de maisons fermé par une barrière, gardé par un vigile à toute heure du jour et de la nuit, en contact permanent avec la police.
Pourquoi cette tentation du repli ? Des causes extérieures : une mondialisation violente tout d’abord. Depuis la fin des années 70, le travail s’externalise, et le chômage s’installe en France, à cause d’un étranger lointain mais avide d’argent. Une Europe vacillante également, qui ne parvient pas à créer de réelle unité entre les peuples, malgré une monnaie commune. À l’intérieur du pays, on constate une droitisation forte de la vie politique qui favorise les communautarisme. On se méfie les uns des autres, car en chacun se trouve un possible agresseur… Ajoutons à cela l’émergence d’une société d’hyperconsommation, dans laquelle le monde s’organise autour des seuls désirs de l’individu - et de ses caprices, et l’on obtient la peur du monde extérieur.
Bien sûr, tout cela ne date pas de quelques dizaines d’années. Le rapport à l’autre a toujours été complexe, fruit d’un fragile équilibre entre la méfiance et la fascination. Mais disons que la méfiance semble avoir pris le dessus sur l’envie de connaître l’autre. L’inconnu est désormais plus effrayant que fascinant. Mais rien d’inéluctable, au contraire ! Je pense qu’il faut apprendre à se retrouver. D’accord il existe toujours le risque d’une agression, d’une mauvaise expérience quelle qu’elle soit. Ce risque ne pourra jamais être évité, en fait. Et puis son jardin n’est-il pas triste sans personne pour venir le fouler ?
“L’homme est un animal social” disait le sage Aristote. Force est de constater qu’il avait raison. Une société de l’individualisme ne peut mener au bonheur, malgré une image factice que tentent de vendre les publicités. Retrouvons le lien social, pour utiliser un gros mot de sociologue ! Je ne voudrais pas insulter une partie de notre lectorat, mais il n’était pas absurde d’affirmer qu‘“Ensemble, tout dev[enait] possible”.
Le monde est grand, et il n’attend que vous.
M.
(1) Source : France Soir